Le harcèlement est aujourd’hui une problématique majeure impactant différents contextes qu’ils soient familiaux, scolaires ou encore professionnels. Celui-ci est souvent difficile à repérer et trop souvent banalisé, il peut prendre des formes variées qui ne sont pas toujours identifiables.
Nous pouvons alors nous demander comment distinguer et identifier les différents types de harcèlement ?
Dans un premier temps je définirais la notion de harcèlement, dans une seconde partie nous nous intéresserons aux différentes formes de harcèlement et leurs mécanismes puis dans une troisième partie nous verrons comment les distinguer et pourquoi cette distinction est importante en termes de repérage, de prévention et prise en charge. Enfin nous terminerons par une conclusion.
Il faut d’abord prendre en compte que le harcèlement est universel, il existe dans tous les pays du monde, cependant, ce concept est construit différemment selon les cultures : ”Dans les pays anglo-saxons, l’expression school bullying désigne un type particulier de violence entre élèves : la répétition des mêmes faits (des surnoms déplaisants, des moqueries, une mise à l’écart du groupe, et parfois même des coups…) perpétrés sur une longue durée et dans le cadre d’un rapport de force disproportionné ; les Espagnols et les Canadiens préfèrent parler d’intimidation ; les Allemands et les Suédois utilisent le terme mobbing ; la France a choisi l’expression harcèlement entre élèves.” (Bellon, J.P et Gardette, B. 2019)
Bien que le terme de harcèlement soit d’usage relativement contemporain, les comportements qu’il désigne ne sont pas nouveaux, en effet, les persécutions ayant visé les communautés chrétiennes dans l’empire romain ou encore les violences antisémites s’étant déroulées durant la Seconde Guerre Mondiale illustrent ces logiques de domination et de mise à l’écart. L’autrice Ariane Bilheran l’explicite dans son livre : ”Le ”c’était mieux avant” relève du déni sur la violence des civilisations passées, et sur leur pratique récurrente du harcèlement {…} et dévoile un déni sur l’actualité de la violence de notre société, qui se retrouve en grande partie dans les épisodes de harcèlement moral” (Bilheran.A, Le harcèlement moral, 2015).
Le harcèlement peut prendre différentes formes, il est important de prendre en compte le contexte d’exercice de ce dernier, en effet, le cadre dans lequel il s’inscrit est primordial pour la pleine compréhension de ce phénomène. On peut ainsi distinguer plusieurs sphères : la sphère intime ou conjugale, la sphère familiale, le milieu professionnel, les établissements d’enseignement ou encore l’espace public (Courtois, R., Morvan-Beccavin, C., Fouquereau, É., & Réveillère, C., 2024) sans oublier un phénomène d’autant plus récent : les réseaux sociaux. Chacun de ces environnements structurent des dynamiques relationnelles particulières et influence les mécanismes se mettant en place. Cela conditionne également les conséquences pour les personnes concernées. Ainsi, dans ces différents cadres nous pouvons retrouver : le harcèlement moral, le harcèlement physique et le harcèlement sexuel.
Concernant les mécanismes de ce phénomène, le harcèlement implique trois composants clés : Un déséquilibre dans le pouvoir entre l'harceleur et la victime : ce déséquilibre peut être réel ou perçu uniquement par la victime. L'agression est menée à bien par un harceleur ou un groupe essayant de blesser la victime de façon intentionnelle, il existe un comportement agressif envers une même victime, produit de façon réitérée.
Selon Myriam Benmoussa, psychologue clinicienne spécialisée en criminologie clinique et cyber-psychologie, il n’y a pas de ”type” d’enfants harcelés, ses recherches montrent qu’il peut s’agir d’enfants de tous âges, issus de milieux sociaux différents, scolarisés aussi bien dans le secteur public que privé, en milieu urbain comme rural[1]. Le harcèlement peut alors se mettre en place lorsque l’enfant visé ne parvient pas, dans un premier temps, à se défendre ou à poser ses limites. L’enfant va alors se voir progressivement assigné au statut de victime, duquel il va avoir du mal à se défaire. De plus, ce dernier peut présenter une caractéristique ou une compétence perçue comme enviable ou menaçante. L'harceleur peut alors chercher à affaiblir sa victime en exploitant ses vulnérabilités.
La recherche distingue deux types de victimes : passives et actives. Les victimes passives sont souvent décrites comme réservées, isolées et manquant de confiance en elles, ce qui peut les rendre plus vulnérables face aux agresseurs. Les victimes actives quant à elles présentent davantage d’impulsivité et peuvent parfois adopter des comportements qui contribuent à maintenir la dynamique conflictuelle. Les auteurs de harcèlement présentent certains traits tels que des difficultés empathiques et dans certains cas, des caractéristiques psychopathologiques. C’est cette absence d’empathie qui explique l’incapacité de l’agresseur à se mettre à la place de l’autre et à la souffrance extrême que ses actes peuvent engendrer.
La distinction entre les types de harcèlement cités précédemment (moral, sexuel, physique) est indispensable quant à la prévention et la prise en charge de ce phénomène. Pour le reconnaître, il faut surveiller la présence de cinq éléments cumulatifs : c’est une conduite vexatoire, se manifestant par les comportements, paroles, actes ou gestes qui sont répétés ; qui sont hostiles ou non désirés ; qui portent atteinte à la dignité, à l’intégrité psychologique ou physique ; qui rendent le milieu de travail néfaste. [2] Les recherches francophones montrent que la précision des définitions est indispensable pour ”repérer et traiter efficacement les situations de harcèlement, qu’il soit moral, scolaire ou de toute autre nature. Sans cadre conceptuel clair, il est difficile d’identifier les mécanismes propres à chaque forme et d’adapter les réponses éducatives, cliniques ou juridiques”. (Faulx et Delvaux, 2005)
Ainsi, une définition précise permet aux acteurs éducatifs, professionnels de santé ou employeurs de mieux différencier ce qui relève d’un harcèlement, avec ses conséquences spécifiques, et ce qui relève de conflits ponctuels ou d’autres formes de violence.
Pour conclure, le harcèlement, bien que conceptualisé relativement récemment dans le champ juridique et scientifique, renvoie à des mécanismes relationnels anciens fondés sur la domination, la répétition des atteintes et le déséquilibre du pouvoir. Qu’il s’exerce dans la sphère intime, familiale, scolaire, professionnelle ou dans l’espace public et numérique, ce dernier repose sur une dynamique commune d’emprise et de dégradation progressive de la victime. Il est également important de ne pas ranger tous les types de harcèlement dans la même boite, en effet, la distinction permet d’éviter la confusion, cela constitue une condition essentielle pour un repérage rigoureux. De plus, cette différenciation conditionne la qualité de l’évaluation clinique ainsi que de l’adaptation des dispositifs de prévention, en clarifiant le phénomène, la recherche amène alors à une meilleure compréhension des mécanismes mis en place et à une prise en charge plus adaptée des personnes concernées.
Comprendre, distinguer et nommer précisément les différentes formes de harcèlement constitue donc une étape indispensable pour lutter efficacement contre ces violences et en limiter les conséquences individuelles et sociales.
[1] https://ensemble.aesio.fr/aesio-mag/mecanismes-du-harcelement
[2] https://unefoisdetrop.ca/reconnaitre
Romane HEBERT
Bibliographie
B
Bellon, J.-P., & Gardette, B. (2019). Harcèlement et cyberharcèlement à l’école : Une souffrance scolaire en réseau (3e éd.). ESF sciences humaines.
Bilheran, A. (2015). Le harcèlement moral (3ᵉ éd.). Armand Colin.
C
Courtois, R., Morvan-Beccavin, C., Fouquereau, É., & Réveillère, C. (2024). Reconnaître et gérer les conséquences du harcèlement dans l’espace public. Annales Médico-Psychologiques, 182(8), 683-689. https://doi.org/10.1016/j.amp.2022.01.022
F
Faulx, D., & Delvaux, S. (2005). Le harcèlement moral au travail : phénomène objectivable ou « concept horizon » ? Analyse critique des définitions des phénomènes de victimisation au travail. Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé, 7(3). https://doi.org/10.4000/pistes.3192
Sitographie
https://ensemble.aesio.fr/aesio-mag/mecanismes-du-harcelement
https://unefoisdetrop.ca/reconnaitre